Combien de mandats un président de la République française peut-il exercer ?

Ecrit par Yves Vaugrenard

mandats du president de la republique

La réponse tient à une nuance juridique que le langage courant efface parfois. Le mandat présidentiel en France distingue clairement la réélection immédiate d’un retour ultérieur à l’Élysée après une interruption.

La Constitution interdit au chef de l’État d’enchaîner plus de deux mandats. Cette limitation constitutionnelle autorise deux quinquennats consécutifs, soit une durée au pouvoir continue de dix ans. Après une interruption, une candidature redevient possible, puisque le texte vise les mandats successifs. Jamais un troisième d’affilée.

La règle actuelle limite la présidence à deux mandats consécutifs

En France, une même personne peut rester à l’Élysée pendant deux mandats successifs au maximum. Chacun dure cinq ans : l’enchaînement de deux mandats consécutifs établit donc un plafond de dix ans à la tête de l’État. Une réélection présidentielle demeure possible à l’issue du premier mandat, mais une troisième candidature immédiate ne l’est plus. Autrement dit, le titulaire peut gouverner sans interruption durant une décennie, jamais davantage sous la même série de mandats.

  • Un mandat présidentiel dure cinq ans.
  • Deux mandats peuvent se suivre.
  • Un troisième mandat immédiat est interdit.

Cette borne ne fixe pas, à ce jour, un maximum de deux mandats sur l’ensemble d’une carrière politique. Le quinquennat français, appliqué pour la première fois après l’élection de 2002, détermine seulement leur durée et remplace l’ancien septennat. Si un autre chef de l’État occupe l’Élysée entre deux périodes, l’ancien président peut, sous réserve des conditions ordinaires de candidature, tenter de revenir. L’interdiction vise uniquement la continuité.

Que prévoit précisément l’article 6 de la Constitution ?

Le texte constitutionnel formule directement le mode d’élection, la durée du mandat et la limitation applicable au chef de l’État. Dans sa rédaction en vigueur depuis le 25 juillet 2008, l’article 6 de la Constitution dispose : « Le Président de la République est élu pour cinq ans au suffrage universel direct. Nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs. »

À retenir : la Constitution interdit trois mandats successifs, mais pas un troisième mandat après une interruption.

Juridiquement, l’adjectif « consécutifs » interdit au président ayant accompli deux mandats successifs de se présenter au scrutin qui suit immédiatement. Cette règle constitutionnelle n’instaure donc pas une limite de deux mandats sur toute une vie politique. Après la présidence d’une autre personne, une nouvelle candidature reste permise par le texte actuel, sous réserve des autres conditions légales. Seule la succession immédiate de ces mandats est visée.

Le quinquennat fixe chaque mandat présidentiel à cinq ans

Le passage du septennat au quinquennat a raccourci le temps accordé au chef de l’État par les électeurs. Fixée par la loi constitutionnelle du 2 octobre 2000, après le référendum du 24 septembre 2000, la durée du quinquennat s’applique depuis l’élection présidentielle de 2002. Le président de la République est depuis élu au suffrage universel direct pour une période désormais juridiquement bien définie.

Cette durée s’articule avec la limitation introduite le 23 juillet 2008 dans l’article 6 de la Constitution. Un mandat de cinq ans peut être renouvelé immédiatement, mais nul ne peut exercer plus de deux mandats consécutifs. Un président réélu peut donc gouverner dix années sans interruption, sauf fin anticipée de ses fonctions. La durée de chaque mandat et le nombre de renouvellements successifs répondent à deux règles distinctes.

Un ancien président peut-il briguer un troisième mandat après une interruption ?

Le texte constitutionnel n’interdit pas à un ancien chef de l’État de se représenter après avoir quitté la présidence. Puisque l’article 6 vise seulement deux mandats consécutifs, un troisième mandat non consécutif paraît juridiquement envisageable. Une interruption entre deux présidences, durant laquelle une autre personne exerce la fonction, mettrait fin à la succession immédiate et pourrait ouvrir la voie à une nouvelle candidature lors d’une élection ultérieure.

À retenir : l’article 6 vise les mandats consécutifs, et non le nombre total de mandats exercés.

Cette lecture reste théorique, car aucun ancien président n’a encore testé ce scénario depuis la réforme constitutionnelle de 2008. Un éventuel retour à l’Élysée dépendrait alors de son éligibilité présidentielle, des parrainages requis et de la validation des candidatures par le Conseil constitutionnel. Faute de décision rendue sur ce cas précis, aucune jurisprudence constitutionnelle ne tranche définitivement la question. La possibilité paraît ouverte par le texte, sans avoir reçu de confirmation directe du juge constitutionnel.

La réforme de 2008 a instauré la limite des mandats successifs

Lors de la naissance de la Ve République, le président était élu pour sept ans, sans plafond de renouvellement. Le référendum du 24 septembre 2000 a bouleversé ce calendrier : la réforme du quinquennat a ramené le mandat à cinq ans. Le oui a obtenu 73,21 % des suffrages exprimés, tandis que l’abstention frôlait 70 %. Appliquée à partir de l’élection présidentielle de 2002, cette nouvelle durée ne plafonnait pas encore le nombre de mandats.

  • 1958 : instauration du septennat renouvelable sans limite ;
  • 2000 : adoption du quinquennat par référendum ;
  • 2008 : ajout d’un plafond de deux mandats consécutifs.

Le plafond n’est apparu que huit ans plus tard. Promulguée le 23 juillet et entrée en vigueur le 25 juillet, la révision constitutionnelle de 2008 a inscrit dans l’article 6 qu’aucun président ne peut accomplir plus de deux mandats consécutifs. Cette limitation des mandats laisse possible une candidature après une interruption. Avant cette modification, aucun chef de l’État sous la Ve République n’avait dépassé deux mandats au cours de cette période.

Que se passe-t-il lorsqu’un mandat présidentiel s’achève avant son terme ?

Quand le chef de l’État démissionne, décède ou est destitué, ses fonctions cessent avant la date prévue. Le Conseil constitutionnel constate alors la vacance de la présidence, tandis que le président du Sénat assure l’intérim. Celui-ci ne peut ni organiser un référendum ni dissoudre l’Assemblée nationale. Hors cas de force majeure reconnu par le Conseil constitutionnel, une nouvelle élection présidentielle se tient entre vingt et trente-cinq jours après l’ouverture de la vacance.

L’élu issu de ce scrutin n’achève pas la période restant à courir pour son prédécesseur. Il entame un quinquennat entier de cinq ans, qui compte comme son premier mandat au regard de l’article 6. Du côté du président sortant, la fin anticipée du mandat n’efface pas la période exercée. Ainsi, démissionner pendant un second mandat consécutif n’autorise pas une candidature immédiate à un troisième. La destitution prévue par l’article 68 produit le même effet.

Les présidents de la Ve République face à la durée du pouvoir

Les parcours présidentiels dessinent une chronologie contrastée depuis 1959. Parmi les présidents de la Ve République, François Mitterrand domine les records de longévité : il passa 14 ans à l’Élysée, de 1981 à 1995, au fil de deux septennats. Jacques Chirac le suit avec 12 ans, de 1995 à 2007. Son exercice associe un septennat et un quinquennat, après l’adoption de cette nouvelle durée par référendum en 2000.

Charles de Gaulle occupa la fonction du 8 janvier 1959 au 28 avril 1969, date de sa démission. Valéry Giscard d’Estaing accomplit sept ans, alors que Nicolas Sarkozy et François Hollande restèrent chacun cinq ans. Ces écarts reflètent l’évolution des mandats sous la Ve République ainsi que les départs anticipés. Avant le quinquennat, le septennat présidentiel pouvait être renouvelé sans limitation constitutionnelle du nombre de mandats successifs, avant la réforme constitutionnelle finalement adoptée en 2008.

À retenir : François Mitterrand détient le record avec 14 ans à l’Élysée, devant les 12 années de Jacques Chirac.

Emmanuel Macron peut-il être candidat après son second quinquennat ?

Le chef de l’État a été élu en 2017, puis reconduit par les électeurs en 2022. Le second quinquennat d’Emmanuel Macron s’achèvera normalement en 2027, au terme de dix années consécutives à l’Élysée. Dans l’état actuel de l’article 6 de la Constitution, une candidature en 2027 lui est interdite : nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels consécutifs. Une révision pourrait l’autoriser.

Cette interdiction ne vaut pas nécessairement pour le scrutin présidentiel suivant. Après un mandat exercé par une autre personne, un retour possible en 2032 découlerait de la lettre actuelle du texte, qui plafonne les mandats successifs plutôt que leur nombre total. Emmanuel Macron pourrait donc se représenter, sous réserve de remplir les conditions ordinaires d’éligibilité. Ce cas inédit sous la Ve République n’a encore fait l’objet d’aucune décision du Conseil constitutionnel.

La France conserve une règle moins stricte que les États-Unis

La France et les États-Unis n’encadrent pas de la même façon le maintien d’un chef d’État au pouvoir. À Paris, l’article 6 de la Constitution prohibe l’exercice de plus de deux mandats consécutifs, chacun durant cinq ans. Une alternance ouvre donc, en principe, la voie à une nouvelle candidature ultérieure. Cette comparaison des régimes présidentiels fait apparaître un dispositif français centré sur la succession immédiate des mandats, et non sur leur nombre cumulé durant une vie politique.

Outre-Atlantique, l’interruption ne remet pas le compteur à zéro. Ratifié en 1951, le XXIIe amendement consacre la limitation américaine des mandats : personne ne peut être élu président plus de deux fois. Celui qui exerce plus de deux ans du mandat d’un prédécesseur ne peut être élu qu’une fois, portant le maximum à dix ans. La France interdit trois mandats consécutifs ; les États-Unis plafonnent toute carrière à deux élections présidentielles.

Yves Vaugrenard

Portant un regard curieux sur la stratégie médiatique, Yves s’intéresse à l’innovation en communication depuis des années. Son parcours, nourri de collaborations dans des domaines variés, lui a permis de saisir comment les marques peuvent mieux interagir avec leur public. On l’invite souvent à partager ses idées sur les nouvelles tendances médiatiques, où il apporte un éclairage concret et toujours ouvert aux évolutions du secteur.

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