Douleurs, fatigue, peur d’une fuite, certaines journées de travail s’ouvrent avec une charge que personne ne voit. Pour beaucoup de femmes actives, les règles imposent leur tempo, même sous badge.
Les chiffres publiés à l’approche du 28 mai dessinent une gêne tenace, rarement dite à voix haute. L’enquête OpinionWay pour Essity, menée auprès de 1 504 salariées et indépendantes en France, relie la santé menstruelle au milieu professionnel, avec 58% de répondantes qui redoutent certaines situations pendant leurs règles. Silence.
Des douleurs menstruelles encore très présentes dans la vie professionnelle
L’étude OpinionWay pour Essity mesure un malaise très concret chez les femmes actives. Menée auprès de 1 504 femmes actives âgées de 18 à 64 ans, elle indique que 79 % déclarent des règles douloureuses, dont 27 % à chaque cycle.
Le phénomène déborde largement la sphère privée. Près de 6 femmes actives sur 10 appréhendent certaines situations professionnelles pendant leurs règles, tandis que les cycles menstruels s’accompagnent de douleurs au travail, de peur des fuites et d’une fatigue menstruelle qui pèse sur les réunions, les trajets ou les rendez-vous clients.
Pourquoi les femmes demandent-elles si rarement des aménagements ?
Le contraste frappe entre les symptômes décrits et les demandes réellement formulées. Selon l’étude OpinionWay pour Essity, 9 femmes actives sur 10 n’ont jamais sollicité de télétravail pendant les règles ni d’horaires adaptés, malgré des journées parfois rendues pénibles par les douleurs ou l’inconfort.
Cette retenue tient moins à l’absence de besoins qu’à la difficulté d’en parler. Beaucoup préfèrent composer seules avec la situation, par crainte d’être perçues comme moins disponibles, alors que ces ajustements peuvent soutenir le bien-être professionnel sans désorganiser l’activité.
Au bureau, les sanitaires et les protections restent un point de friction
Les attentes matérielles ressortent avec force dans l’étude. Plus de 8 femmes actives sur 10 se disent favorables à des protections hygiéniques gratuites au travail, alors que 3 sur 4 n’y ont pas accès. Chez les 18-24 ans, l’adhésion atteint 94 %, signe d’une exigence accrue envers les sanitaires au travail.
L’accès ne devrait plus dépendre d’un oubli, d’un sac ou d’un distributeur introuvable. Chaque salariée devrait pouvoir trouver des protections périodiques et des sanitaires à l’hygiène irréprochable.
Éric Guazzaroni, Directeur de la Division Hygiène Professionnelle Essity
Le tabou des règles freine-t-il la parole en entreprise ?
La discussion reste rare dans les équipes. L’étude indique que 64 % des femmes n’ont jamais évoqué leurs règles dans leur environnement professionnel, tandis que 8 femmes actives sur 10 considèrent encore le sujet comme un tabou en entreprise.
Ce silence laisse les difficultés hors champ managérial. Quand la parole des salariées ne circule pas, les symptômes deviennent une affaire privée, y compris lorsqu’ils touchent la concentration, les déplacements ou la présence en réunion. La santé des femmes reste alors trop peu prise en compte au travail.
Télétravail, protections et sensibilisation figurent parmi les attentes prioritaires
Les mesures attendues sont très concrètes. Plus de 3 femmes actives sur 4 estiment que les entreprises doivent agir en priorité, avec des solutions liées au télétravail, aux protections disponibles sur site et à la sensibilisation du management.
Ces réponses traduisent des attentes des salariées qui dépassent la simple question du confort. Pour les employeurs, mieux intégrer les règles au dialogue social peut renforcer l’équité professionnelle, limiter les renoncements silencieux et soutenir une performance collective plus attentive aux réalités vécues.