Un nombre croissant de villes françaises passent à l’offensive contre les résidences secondaires : entre interdictions de construire, surtaxes et règles anti-Airbnb, la France rurale et côtière se rebelle pour préserver ses logements pour les habitants permanents.
À Chamonix, Cancale ou encore Royan, les maires n’en peuvent plus. Le prix de l’immobilier explose, les classes ferment faute d’enfants, et les habitants doivent faire 40 km pour travailler dans leur propre ville. Résultat ? Des mesures drastiques tombent, et elles ne plaisent pas du tout aux propriétaires de maisons de vacances. Le gouvernement local leur déclare la guerre et cela pourrait bien bouleverser des décennies d’urbanisme.
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Une bataille juridique et foncière qui prend de l’ampleur
La France entre dans une nouvelle ère de résistance urbaine locale. Grâce à un changement de loi discret mais majeur, les mairies peuvent désormais interdire la construction de nouvelles résidences secondaires dans leur Plan Local d’Urbanisme (PLU). Ce document détermine comment le sol peut être utilisé, les densités de construction, et les affectations des zones bâties. En clair : les maires ont désormais le droit de dire “non” aux maisons de vacances. Un droit que plusieurs communes n’ont pas tardé à exploiter, voyant dans ce levier une façon concrète de freiner la flambée des prix et le déclin du tissu social local.
Chamonix ferme la porte aux résidences secondaires
Dans la célèbre ville alpine de Chamonix, la situation est critique : 70 % des logements sont des résidences secondaires. Un chiffre hallucinant, qui pousse les jeunes travailleurs et familles à quitter la vallée. Le maire Éric Fournier a donc tranché : il ne reste que 12 hectares de terrain constructible dans la commune, et ils seront entièrement réservés aux résidences principales. Cette mesure s’est étendue à d’autres communes voisines comme Les Houches, Servoz ou encore Vallorcine, qui ont toutes adopté des clauses similaires dans leur PLU.
Cancale et Saint-Malo : la côte bretonne en résistance
Du côté de la Bretagne, Cancale a aussi dégainé. Ce charmant port breton voit désormais 44 % de ses logements utilisés à temps partiel, ce qui crée une pénurie pour les actifs locaux. Les nouvelles constructions destinées à devenir des résidences secondaires sont désormais interdites dans presque toute la commune sauf dans le cœur historique. Cela inclut même les cas de démolition-reconstruction ou de division de jardin pour construire. C’est un non ferme et définitif. La ville voisine de Saint-Malo réfléchit à un dispositif similaire, alors que près de 30 % des logements de son centre historique sont aujourd’hui proposés sur Airbnb.
Voici un tableau récapitulatif des principales villes ayant adopté ces mesures :
| Ville | % résidences secondaires | Interdiction de construire | Plafond Airbnb | Surtaxe habitation secondaire |
| Chamonix | 70 % | Oui | Non précisé | Oui (jusqu’à 60 %) |
| Cancale | 44 % | Oui (hors centre) | 120 jours | Non précisé |
| Saint-Malo | 30 % | En cours d’étude | À l’étude | Non précisé |
| Royan | Non précisé | Oui sur lotissement | Non précisé | Oui (jusqu’à 60 %) |
| Ile d’Oléron | Non précisé | Oui | Non précisé | Oui |
| Bonifacio (Corse) | Non précisé | Oui | Non précisé | Non précisé |
| Biarritz & côte Basque | Jusqu’à 50 % | 1 000 ha réservés RP | Limitation discutée | Oui (zone tendue) |
Airbnb dans le viseur : vers une interdiction déguisée ?
Autre levier utilisé : le plafonnement des locations touristiques. À Cancale, la mairie a imposé une limite de 120 jours par an pour toute location de type Airbnb. Mais le conseil municipal envisage déjà de réduire ce seuil à 90 jours, ce qui reviendrait à interdire de fait la location saisonnière lucrative à plein temps. Dans plusieurs villes basques Biarritz, Bayonne, Anglet, Bidart, Boucau les maires ont demandé une réforme du PLU pour réserver 1 000 hectares à la résidence principale uniquement, dans l’objectif d’endiguer l’exode des locaux.
La justice s’en mêle : Airbnb condamné à une lourde amende
La commune des communes de l’île d’Oléron est allée encore plus loin. En avril dernier, elle a gagné un procès contre Airbnb, obtenant 8,6 millions d’euros pour non-versement de la taxe de séjour. Une victoire qui pourrait faire jurisprudence et ouvrir la voie à d’autres poursuites dans les zones touristiques. Cela envoie un message clair aux plateformes de location : désormais, les collectivités locales surveillent de près leurs obligations fiscales, et elles comptent bien récupérer leur dû.
Royan inscrit la restriction dans les actes de vente
À Royan, sur la côte Atlantique, la mairie a décidé d’aller encore plus loin en inscrivant dans les actes de propriétél’interdiction d’utiliser les maisons comme résidences secondaires. Sur un lotissement de 12 hectares, seules les résidences principales seront autorisées, et les notaires devront vérifier que chaque acheteur accepte la clause avant de signer. De plus, la taxe d’habitation sur les résidences secondaires a été augmentée jusqu’à 60 %, comme autorisé depuis la réforme fiscale de 2023.
Un affrontement politique dans certaines communes
Dans certaines zones, les mesures passent moins bien. À Saint-Cast-le-Guildo, dans les Côtes-d’Armor, la décision d’augmenter la taxe d’habitation pour les résidences secondaires a dû être suspendue suite aux protestations des propriétaires.Des réunions houleuses ont eu lieu en mairie, avec des artisans locaux accusés de “mordre la main qui les nourrit”, car certains de leurs revenus dépendent indirectement du tourisme. Ce bras de fer révèle la fracture sociale entre habitants permanents et propriétaires de passage, avec en toile de fond une crise du logement qui s’aggrave.
Une dynamique qui pourrait se généraliser
Les initiatives locales commencent à s’accumuler, et plusieurs élus appellent à une harmonisation nationale. Avec la montée des tensions sur le marché de l’immobilier, de plus en plus de villes cherchent à préserver leur capacité d’accueil pour les résidents à l’année. Cette tendance pourrait :
- S’étendre aux grandes agglomérations, notamment en zones tendues ;
- Modifier en profondeur les logiques d’investissement immobilier dans les communes rurales et littorales ;
- Forcer une reconsidération du modèle Airbnb, au profit de la location longue durée.
Des groupes de pression locaux comme des associations de riverains, des collectifs d’habitants ou des syndicats de parents d’élèves prennent désormais part au débat.