Rakuten France cessera d’exploiter sa place de marché d’ici à décembre 2026, aucune offre de reprise n’ayant été jugée viable. Cette fermeture de la marketplace scelle le destin d’un acteur historique du web marchand.
Racheté en 2010 par le groupe japonais, le site aura résisté seize ans à une concurrence féroce et au recul de son audience. Symbole du commerce en ligne français, l’ancien PriceMinister laisse désormais 180 salariés et quelque 2 500 vendeurs tributaires d’un calendrier de transition. Une page disparaît.
La fin annoncée d’un pionnier français de la vente en ligne
Le 16 juillet 2026, Rakuten France a confirmé l’arrêt prochain de sa place de marché destinée au grand public. Cette annonce officielle scelle la fermeture de rakuten.fr d’ici la fin 2026, après plusieurs mois de démarches infructueuses pour trouver une solution de reprise jugée crédible.
L’histoire referme ainsi un chapitre ouvert en 2000, lorsque PriceMinister s’était lancé dans l’achat et la revente en ligne. La disparition de ce pionnier du e-commerce possède une portée symbolique sur le marché français, aujourd’hui dominé par des plateformes généralistes puissantes et des acteurs spécialisés mieux établis.
De PriceMinister à Rakuten France, seize ans de repositionnement
PriceMinister voit le jour en 2000, autour d’une idée alors novatrice : permettre aux internautes d’acheter et de revendre facilement sur Internet. Le rachat de PriceMinister par le groupe japonais Rakuten en 2010 inaugure seize années de transformation, jusqu’au remplacement progressif de la marque française historique.
Au fil des années, l’offre s’est étendue de l’électronique aux jouets, puis à l’électroménager, au bricolage, à la mode et à la beauté. Ce modèle marketplace généraliste réunissait professionnels et particuliers autour de références neuves, reconditionnées et de produits d’occasion, directement vendus côte à côte sur rakuten.fr.
Amazon, Temu, Vinted : une pression devenue trop lourde
Depuis dix ans, les performances commerciales de Rakuten France se sont fortement érodées. La plateforme affiche une baisse de fréquentation de 42 % et une perte de 33 % de ses clients, malgré des investissements dans le cashback, le reconditionné et l’intelligence artificielle pour enrayer ce recul.
Face à Amazon, ses entrepôts et ses livraisons rapides, la concurrence logistique a creusé l’écart. Temu, Shein et AliExpress, parmi les plateformes asiatiques à bas prix, ont capté une part des acheteurs, tandis que Vinted, Leboncoin et Back Market imposaient leurs offres de seconde main et de reconditionné auprès du public.
Deux offres sur la table, aucun projet retenu
Le 7 avril 2026, le projet de cession a été présenté aux salariés et à leurs représentants. Pour mener cette recherche de repreneur, Rakuten France avait confié le dossier à la banque d’affaires Carlsquare, afin d’éviter l’arrêt de la marketplace dès le troisième trimestre.
Deux candidats sont restés en lice jusqu’à l’ultime phase des discussions. Les offres fermes de Pixmania et d’un fonds d’investissement étranger n’ont pas apporté les garanties attendues, conduisant la direction à les écarter. La semaine précédant l’annonce, l’avis du CSE avait lui été négatif sur ces projets.
À retenir : les deux projets de reprise ont été écartés conjointement par le CSE et la direction de Rakuten France.
Salariés, vendeurs et membres du Club R face à la transition
La cessation de rakuten.fr place près de 180 salariés face à la suppression de leur poste en France. Ces emplois supprimés relèveront d’un plan de sauvegarde de l’emploi, transmis à la Drieets dans les trois semaines suivant l’annonce. Ce plan social fixera les mesures d’accompagnement négociées collectivement.
La transition concerne aussi les commerçants présents sur la plateforme et les membres du Club R. Environ 2 500 vendeurs actifs disposeront d’un délai pour transférer leurs offres vers d’autres canaux, tandis que les clients attendent des précisions. Le sort du programme de fidélité et du cashback devra être détaillé avant la fermeture prévue fin 2026.
Rakuten conserve ses autres activités en France
La fermeture annoncée vise uniquement la place de marché française dédiée aux biens de consommation. Les activités maintenues couvrent Rakuten TV, Rakuten Viki, Kobo, Viber, Advertising et Symphony : le groupe japonais restera donc implanté en France comme en Europe après l’arrêt du site commercial rakuten.fr.
À Paris, le groupe conserve par ailleurs sa structure consacrée à la recherche et au développement. Ce centre technologique européen, installé en 2025, poursuit notamment des projets liés à l’intelligence artificielle. Rakuten demeure ainsi présent par ses services numériques dans le streaming, les livres électroniques, la messagerie, les télécommunications et la publicité sur le territoire français.