Les prêts repartent doucement en France, mais pas assez vite pour effacer les galères des deux dernières années. Taux instables, exigences bancaires plus strictes et avenir politique flou : emprunter redevient un vrai parcours du combattant.
Vous comptiez acheter d’ici Noël ? Attention : les taux remontent. Vous pensiez profiter d’un rebond en 2025 ? Les banques serrent les boulons. Voici ce que cache vraiment le “retour” du crédit immobilier. Spoiler : ce n’est pas la fête pour tout le monde.
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Un redémarrage encore très fragile
On aurait pu s’attendre à des chiffres plus rassurants. En août, les prêts immobiliers ont atteint 12,2 milliards d’euros, hors renégociations. Dit comme ça, ça a l’air pas mal. En réalité, le marché part de très bas. Depuis mi-2022, tout était bloqué : hausse des taux, frilosité des banques, pouvoir d’achat en berne. Et pourtant, les Français ne renoncent pas. Plus d’un crédit sur deux est encore demandé par des primo-accédants, ces jeunes ou couples qui achètent leur première résidence principale. Ils tiennent bon. Mais entre le taux de refus et les exigences des établissements, le rêve de devenir proprio reste fragile.
Des taux qui baissent… mais pas pour tout le monde
Entre mai 2022 et janvier 2024, on est passé d’un crédit à 1,26 % à des offres proches de 3,61 %. Une douche froide pour des milliers de foyers. Depuis, la tendance est redescendue légèrement. En août, on tournait autour de 3,10 %, et certains se sont remis à espérer. Mais soyons honnêtes : ces taux “en baisse” ne veulent pas dire que c’est accessible. Et surtout, ils ne valent pas pour tout le monde. Si vous avez un CDI, un gros apport, pas de crédits conso… OK, la banque vous déroulera le tapis rouge. Sinon ? Elle vous fermera poliment la porte.
Octobre : retour de bâton sur les barèmes
Les courtiers l’avaient prédit, c’est confirmé : en octobre, les taux ont de nouveau augmenté. Rien de brutal, mais ça suffit à inquiéter. On parle de +0,10 point en moyenne. Résultat : sur 20 ans, le taux moyen est repassé à 3,30 %, et grimpe à 3,50 % sur 25 ans. Encore une fois, les meilleurs dossiers peuvent gratter du 3 %, mais ce sont des exceptions. Pour les autres, chaque dixième de point coûte cher. Un emprunt de 300 000 € sur 20 ans avec ce petit +0,20 %, c’est 31 € de plus chaque mois, soit 7 440 € au total. Pas vraiment négligeable.
Les banques jouent la prudence
Pourquoi cette remontée ? Simple : les banques sont nerveuses. Avec les incertitudes politiques en France, le budget 2026 qui fait débat et une BCE en veille permanente, elles préfèrent jouer la sécurité. Et donc, elles facturent plus cher le risque. Autre raison : elles empruntent elles-mêmes à un coût plus élevé. Avant de prêter à un ménage, une banque se finance sur les marchés. Et là aussi, les taux montent. Donc si elle veut garder une marge, elle augmente le prix du crédit pour les particuliers.
Le “bon” profil, c’est devenu l’exception
Avant, un revenu stable suffisait. Aujourd’hui, il faut cocher toutes les cases : CDI dans le public ou le privé, apport minimum de 10 à 20 %, aucun autre crédit, résidence principale dans une grande ville. Bref, il faut presque être le candidat parfait pour décrocher un prêt dans de bonnes conditions. Et même là, la banque peut hésiter. Parce qu’elle regarde aussi le coût de l’assurance, l’évolution du marché local, la stabilité politique… Oui, tout ça influence votre dossier. Un petit artisan dans une zone rurale a beau être sérieux, il n’a plus les mêmes chances qu’avant.
La reprise, oui… mais sous conditions
On parle de reprise du crédit, mais attention : c’est une reprise sous contrôle. Les chiffres repartent à la hausse, mais les volumes restent bas comparés à ceux d’avant 2020. Et tout peut encore basculer. Il suffirait que :
- Le gouvernement échoue à faire voter le budget
- La BCE relance une hausse des taux
- Les banques paniquent sur les marchés
…et le fragile équilibre retombe. Pour l’instant, l’élan est réel, mais fragile. On avance sur un fil.
Vers une fin d’année encore tendue
Les prévisions pour la fin 2025 sont loin d’être euphoriques. Les experts de Vousfinancer, Foncia et SeLoger s’accordent : on restera entre 3,25 et 3,50 % pour les crédits de 20 à 25 ans. Pas catastrophique, mais pas une bonne nouvelle non plus. Car avec une inflation toujours là, des travaux qui coûtent plus cher et un reste à vivre qui diminue, chaque euro d’intérêt en plus pèse lourd. Et pour ceux qui espéraient acheter avant la fin d’année, il faudra revoir les calculs… ou repousser le projet.
Tableau : Évolution des taux immobiliers récents
| Mois | Taux sur 15 ans | Taux sur 20 ans | Taux sur 25 ans |
| Mai 2022 | 1,05 % | 1,26 % | 1,45 % |
| Janvier 2024 | 3,40 % | 3,61 % | 3,80 % |
| Août 2025 | 3,00 % | 3,10 % | 3,30 % |
| Octobre 2025 | 3,10 % | 3,30 % | 3,50 % |
| Décembre 2025 (prévu) | 3,30 % | 3,50 % | 3,60 % |