Un partenariat de plusieurs millions d’euros vient d’être signé entre une pépite britannique et un géant mondial. Leur objectif ? Faire disparaître les terres rares des voitures électriques, tout en améliorant les performances. Une révolution qui pourrait bouleverser l’équilibre technologique mondial.
Les terres rares deviennent le talon d’Achille de l’automobile électrique. Coûteuses, polluantes, contrôlées à 90 % par la Chine… Et si la solution venait de Newcastle ? La start-up AEM (Advanced Electric Machines) vient de signer un partenariat stratégique avec un poids lourd de l’industrie pour industrialiser une technologie qui n’utilise ni aimants, ni terres rares, ni même cuivre. À la clé : des moteurs électriques plus propres, moins chers et totalement indépendants de Pékin.
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Une technologie sans néodyme ni dysprosium
Les moteurs classiques utilisés dans les voitures électriques font appel à des aimants permanents, eux-mêmes riches en terres rares comme le néodyme ou le dysprosium. Ces matériaux sont puissants, mais leur extraction est polluante, toxique et géopolitiquement risquée. AEM a pris un pari radical : éliminer complètement ces composants. Leur moteur repose sur un principe sans aimants ni terres rares, en utilisant des matériaux recyclables comme l’acier ou l’aluminium. Contrairement aux moteurs asynchrones ou synchrones à excitation séparée (comme ceux de BMW), la technologie AEM va encore plus loin : elle élimine aussi le cuivre, qui reste indispensable ailleurs.
Un deal secret, mais à sept chiffres
La société n’a pas révélé le nom du partenaire industriel, mais il s’agirait d’un fournisseur automobile affichant des dizaines de milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Le contrat, évalué à plusieurs millions d’euros, vise à accélérer l’industrialisation des moteurs AEM dans les voitures grand public d’ici la fin de la décennie. Ce partenariat représente un saut stratégique, car il crédibilise une technologie longtemps perçue comme marginale. Selon les dirigeants de la start-up, le moteur est non seulement viable, mais plus performant que ceux à aimants. Une affirmation audacieuse, appuyée par des millions de kilomètres de tests.
Une solution aux tensions géopolitiques
Ce type de moteur arrive à un moment critique. La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, les restrictions sur les exportations de terres rares, la montée des tensions sur Taïwan… Tout cela rend l’approvisionnement en matières critiques de plus en plus instable.
Tableau : Part de marché mondiale des terres rares (estimation 2025)
| Pays | Production (%) | Raffinage (%) |
| Chine | 63 % | 87 % |
| États-Unis | 14 % | 0 % |
| Australie | 7 % | 2 % |
| Autres | 16 % | 11 % |
Avec sa technologie, AEM pourrait libérer l’Europe et les États-Unis de cette dépendance stratégique. Et ce ne sont pas seulement les voitures qui sont concernées : les éoliennes, serveurs et systèmes militaires utilisent aussi ces matériaux critiques.
Des performances déjà au rendez-vous
James Widmer, co-fondateur d’AEM, ne mâche pas ses mots : son moteur est plus performant que les moteurs classiques à aimants. Dans une interview au Times, il affirme que les tests en conditions réelles ont permis de valider non seulement la fiabilité, mais aussi l’efficacité du système, même en usage intensif. Il annonce que la version de série de ce moteur équipera des voitures grand public d’ici 2030. Le gain ? Moins de poids, pas de chauffe excessive, un coût de production inférieur, et surtout une traçabilité parfaite des matériaux utilisés.

Une traversée du désert avant la lumière
Malgré ses innovations, AEM a traversé une période difficile. En 2022, la start-up affichait un chiffre d’affaires de 5 millions de livres (environ 5,8 M€). Un an plus tard, celui-ci chutait à 2,2 millions de livres (2,5 M€). Et même s’il est remonté à 3,3 M€ en 2024, les pertes ont explosé à près de 9,6 millions d’euros. La principale cause ? La perte d’un client majeur, Tevva Electric Trucks, qui a mis à mal les stocks et forcé la société à revoir sa stratégie. Mais avec ce nouveau contrat, AEM relance la machine et décroche au passage un autre client de poids : un constructeur allemand d’essieux pour véhicules utilitaires.
Un pari assumé sur le long terme
L’objectif d’AEM n’est pas de vendre un moteur alternatif de niche. L’entreprise ambitionne d’industrialiser à grande échelle une technologie qui pourrait devenir le nouveau standard de l’électromobilité. Ce moteur serait ainsi moins cher, plus éthique et tout aussi performant, sinon plus. Si le calendrier est respecté, la production en série pourrait démarrer fin 2029 ou début 2030, avec une capacité adaptée au marché européen. Le marché mondial des moteurs pour VE est estimé à 200 milliards d’euros d’ici 2035. AEM espère y prendre une part significative, sans dépendre de la Chine.
Un signal fort pour l’Europe
Ce projet montre qu’une alternative technologique européenne crédible est possible. Face à la domination de la Chine sur les matériaux critiques, il devient urgent pour les États européens d’investir massivement dans ces solutions indépendantes. L’Union européenne soutient déjà des projets similaires à travers le programme IPCEI (Projets Importants d’Intérêt Européen Commun), mais peu de startups en phase pré-commerciale accèdent à ces financements. Le succès d’AEMpourrait faire bouger les lignes.
Source : The Times