Un projet européen massif, des milliards d’euros d’investissement, et des tests en conditions réelles dès 2026 : le programme Clean Aviation accélère pour faire voler les avions de demain sans carbone, et cela commence avec un Airbus A380 modifié en laboratoire volant.
L’Europe veut couper les ailes aux avions polluants. Le programme Clean Aviation, financé par l’Union européenne, vient de valider une nouvelle vague de projets capables de réinventer l’aviation commerciale. Du moteur à hydrogène au turboprop hybride, ces initiatives visent un objectif clair : 30 % de carburant en moins avant 2035. Et les premiers essais en vol débutent dans moins d’un an.
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378 millions pour faire décoller la rupture technologique
La troisième vague d’appels à projets du programme Clean Aviation vient d’allouer 378 millions d’euros à douze projets clés, sélectionnés parmi des dizaines de propositions. Ce financement vise à faire passer les technologies critiques à l’échelle, en les amenant au niveau TRL5 ou TRL6, un prérequis pour envisager une certification avant 2035. Le cœur du dispositif ? Le projet TAKE-OFF, piloté par Safran, qui prépare le tout premier essai en vol d’un moteur à soufflante non carénée – le fameux open-fan RISE développé par CFM. Cet essai sera réalisé sur un Airbus A380 modifié, servant de banc d’essai volant.
Un moteur révolutionnaire testé dès 2026
Le moteur open-fan RISE se distingue par ses pales apparentes, une technologie censée réduire la consommation de 20 à 25 % par rapport aux moteurs actuels. Pour valider cette rupture, l’ensemble du démonstrateur est en cours d’intégration sur l’A380 d’essai dans le cadre du projet COMPANION. Le premier vol est attendu début 2026, avec un objectif clair : atteindre un niveau de maturité TRL6 avant 2030. Cela implique plusieurs essais complets : démarrage, montée en puissance, analyse vibratoire, et tenue à haute altitude.
L’hybride monte aussi à bord
Autre piste majeure : l’intégration de propulsions hybrides sur les avions régionaux. Le projet PHARES, porté par Pratt & Whitney Canada, va tester en vol un turboprop hybride-électrique dérivé du PW127XT. Cet essai sera mené sur un avion ATR modifié dans le cadre du projet DEMETRA, prévu pour une entrée en service d’ici 2035. L’objectif est ambitieux : réduire la consommation de carburant de 30 % sur des distances de moins de 500 km, soit la majorité des trajets régionaux en Europe. Les 10 % restants viendront de modifications aérodynamiques sur l’aile et le fuselage.

Et l’hydrogène dans tout ça ?
Absent des projets de la vague 3, l’hydrogène fera son retour dans le prochain appel à projets en 2026. En cause : un niveau de maturité technologique encore trop bas, et un flou persistant sur les calendriers industriels. Airbus a récemment repoussé l’échéance de son premier avion à hydrogène à 2040 ou au-delà, ce qui a pesé sur les priorités de Clean Aviation. Malgré tout, le budget prévisionnel pour l’hydrogène est déjà acté : environ 100 millions d’euros seront consacrés au sujet dès 2026, incluant des travaux sur les réservoirs, les piles à combustible et les systèmes de combustion directe.
Une feuille de route à respecter avant 2030
Clean Aviation ne veut pas rater son envol. Le programme doit démontrer les technologies suivantes avant la fin de la décennie :
| Technologie | Niveau de maturité visé | Échéance | Projet pilote |
| RISE open-fan (GE/Safran) | TRL6 | 2030 | TAKE-OFF |
| UltraFan (Rolls-Royce) | TRL5 puis TRL6 | 2030 | UNIFIED |
| Turboprop hybride (PW Canada) | TRL6 | 2030 | PHARES/DEMETRA |
| Hydrogène (ZEROe, etc.) | TRL4/TRL5 | 2028-30 | Appel à projets |
Ces démonstrateurs serviront de base de certification pour les futurs appareils régionaux et monocouloirs post-2035.
Des projets concrets pour attirer talents et PME
Clean Aviation ne mise pas seulement sur les grands groupes. Le programme prévoit aussi 40 millions d’euros pour les projets dits Fast Track, de petits démonstrateurs technologiques portés par des PME, des laboratoires ou des startups. Parmi les sujets abordés : des batteries légères, le stockage cryogénique d’hydrogène ou encore l’avionique ultra-efficiente.
Objectif : accélérer le transfert des innovations de rupture vers les filières industrielles, tout en élargissant l’écosystème. En 2026, ce budget sera doublé pour atteindre 80 millions d’euros sur deux appels successifs.

L’A380 devient un laboratoire volant
Le plus gros avion de ligne au monde va entamer une seconde vie étonnante. Grâce au projet COMPANION, un Airbus A380 est actuellement modifié pour servir de plateforme d’essai multi-technologies. Il embarquera à terme des moteurs open-fan, des systèmes électriques haute tension, et même des modules hydrogène. Ce banc d’essai unique permettra de valider en vol les technologies à très fort risque technologique. Il sera au cœur des démonstrations Clean Aviation jusqu’en 2030, avant d’être possiblement remplacé par un A350 plus flexible.
L’aviation régionale en première ligne
La stratégie européenne est claire : attaquer d’abord les vols courts, plus faciles à décarboner. L’ATR du futur, issu des projets HERACLES et DEMETRA, pourrait voler dès 2035 avec un mix hybride et des performances optimisées : réduction de 30 % de la consommation, 800 volts de distribution électrique, une seule manette de puissance, et une cabine repensée. Si le pari est tenu, ce type d’appareil pourrait remplacer la moitié des avions régionaux européens d’ici 2040, représentant une baisse massive des émissions de CO2 dans le secteur.
Source : Europa.eu