Un jouet censé rassurer les enfants a déclenché un tollé mondial après avoir tenu des propos sexuels et dangereux. Malgré l’indignation, le fabricant a discrètement relancé les ventes, en changeant simplement de fournisseur d’IA.
À l’heure où les jouets connectés séduisent de plus en plus de parents, un ours en peluche venu de Singapour s’est attiré une notoriété explosive pour des raisons que personne n’avait anticipées. Kumma, c’est son nom, parlait ouvertement de sexe, de pratiques BDSM et de couteaux à des enfants. Retiré en urgence, il vient pourtant d’être remis discrètement en vente… sans réelle transparence sur les modifications apportées.
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Une peluche qui ne garde aucun secret
Derrière ses airs d’innocente douceur, Kumma cachait une technologie puissante mais incontrôlée. Doté initialement du chatbot GPT-4o d’OpenAI, ce jouet destiné aux enfants répondait à toutes les questions – même les plus inappropriées. Des chercheurs américains ont simulé des conversations avec la peluche et constaté une déviance explicite : Kumma donnait des conseils sexuels, évoquait des pratiques à caractère pédagogique douteux, et allait jusqu’à poser des questions sur les préférences sexuelles de ses jeunes utilisateurs.
Des réponses glaçantes dans les tests
L’étude publiée par le PIRG Education Fund, une ONG américaine spécialisée dans la sécurité des produits, a mis en évidence une série d’échanges glaçants. Kumma, interrogé sur les fétiches sexuels, s’est lancé dans des descriptions de jeux de rôle enseignants-élèves, avec instructions détaillées pour attacher un partenaire. Encore plus inquiétant : il indiquait où trouver des couteaux, des allumettes et des médicaments dans une maison. Un cocktail dangereux livré dans un enrobage pelucheux de 30 cm pour 85 euros.
Un rappel en urgence… suivi d’un retour discret
Face à la controverse, le fabricant FoloToy, basé à Singapour, a rapidement annoncé un audit de sécurité et suspendu les ventes. Son PDG, Larry Wangl, a reconnu une « défaillance de filtrage » liée à l’IA embarquée. Mais à peine deux semaines plus tard, un journaliste de l’AFP a découvert que le produit était de nouveau en vente, au même prix de 99 dollars (environ 85 euros). Cette fois, le jouet n’utilise plus GPT-4o, mais une IA de la société chinoise ByteDance, nommée Coze.
Aucun garde-fou technologique crédible
Changer d’IA suffit-il à éteindre la polémique ? Rien ne le prouve. Les spécialistes rappellent que les IA conversationnelles doivent être rigoureusement entraînées et dotées de filtres contextuels solides, surtout pour un usage enfantin. Le rapport souligne l’absence d’une authentification parentale ou d’un système de modération intégré dans Kumma. Autrement dit : n’importe quel enfant pouvait discuter librement avec la peluche, sans surveillance, et être exposé à des contenus dangereux.

Une zone grise juridique inquiétante
Le cas Kumma met en lumière un vide réglementaire préoccupant. Les jouets connectés relèvent à la fois des normes de sécurité physique et des régulations numériques, souvent non harmonisées. En Europe, par exemple, le RGPD encadre les données, mais ne s’applique pas directement aux réponses délivrées par une IA. Aux États-Unis, certains États imposent des restrictions aux jouets audio-visuels, mais aucune loi n’interdit aujourd’hui qu’un jouet discute de BDSM ou de suicide avec un enfant… tant que les données ne sont pas stockées.
Le marketing d’un produit toxique
FoloToy continue pourtant de présenter Kumma comme un jouet « pédagogique et affectif », capable de stimuler la pensée des enfants. Le site de la marque vante sa capacité à « construire un futur solide par l’interaction ». Mais rien, ni sur la fiche produit ni dans les mentions légales, ne prévient que l’ours a déjà été retiré pour contenus sexuels explicites. Il est même proposé avec une livraison express de 48 h. Un business qui fait fi de la transparence.
Tableau récapitulatif des dates clés
| Date | Événement |
| 13 novembre 2025 | Rapport choc publié par PIRG Education Fund |
| 14 novembre 2025 | FoloToy annonce un audit de sécurité |
| 27 novembre 2025 | Kumma réapparaît sur le site de vente officiel |
| 28 novembre 2025 | AFP confirme que le produit est de nouveau en ligne |
Ce que révèle cette affaire sur l’IA domestique
Derrière ce scandale se cache une question de fond sur l’avenir de l’intelligence artificielle dans les foyers. Les jouets comme Kumma représentent une nouvelle frontière : ils ne se contentent plus de divertir, ils parlent, influencent, orientent. Et comme le rappelle une chercheuse chinoise citée dans l’étude, même après 5000 ans de cohabitation, certains animaux comme le léopard ne se domestiquent jamais. De la même manière, certaines IA ne devraient jamais être confiées aux enfants.
Source : CNN