Un insecte ravageur, une menace invisible, et une idée qui semblait trop simple pour être vraie : un ancien ingénieur toulousain vient de renverser la situation. Grâce à une puce radio de 0,12 g, le frelon asiatique est enfin traqué avec précision. Une première mondiale née d’une obsession et d’un constat : les abeilles n’ont plus le temps d’attendre.
La guerre contre le frelon asiatique a connu une avancée spectaculaire en France. Ce ravageur venu d’Asie détruit des ruches entières, ruine des récoltes et met en péril la biodiversité. Mais une solution technique, à la fois simple et redoutablement efficace, est désormais opérationnelle : traquer l’ennemi en collant une puce sur son dos. Et le plus fou dans cette histoire ? Ce n’est pas un laboratoire, mais un ex-salarié d’Airbus, qui l’a rendu possible.
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Une idée venue du terrain, pas des labos
Face à la prolifération des frelons asiatiques, l’ingénieur Florent Coletta ne s’est pas contenté d’observer. Ce Toulousain, passé par Airbus, a mis son expertise en électronique et traitement du signal au service d’une cause : retrouver les nids invisibles grâce aux frelons eux-mêmes. C’est en discutant avec Guillaume Castagné, fondateur du réseau ALLO FRELONS, qu’il comprend une chose : les apiculteurs sont à bout. Ce qu’il fallait, c’était un outil terrain. Pas un concept hors de prix. Pas un projet de recherche à dix ans. Juste un moyen fiable pour que les gens sur place puissent agir. La solution ? Coller une micro-puce radio sur un frelon et le laisser remonter lui-même jusqu’au nid.
Des débuts catastrophiques et des frelons qui refusent de voler
La théorie était belle. La pratique l’était beaucoup moins. Les premiers prototypes ont été des échecs cuisants : balises trop lourdes, batteries à plat, colles inefficaces, et surtout… des frelons incapables de décoller. Florent Coletta a failli tout abandonner. Mais la détresse des apiculteurs, les ruches détruites, les nuits blanches, l’ont poussé à continuer. C’est souvent dans les pires galères que naissent les inventions les plus puissantes. Florent a revu chaque élément, chaque gramme, chaque centimètre de son idée, jusqu’à atteindre l’équilibre parfait.
Un miracle à 0,12 g : le premier vol réussi
Le tournant est arrivé l’été suivant. Une balise miniaturisée de 0,12 gramme – le poids d’une abeille – a enfin été posée sur le thorax d’un frelon asiatique. Et cette fois, il s’est envolé. Il est rentré seul au nid, déclenchant une onde de choc dans la petite communauté d’experts mobilisés autour du projet. Cette réussite a donné naissance à LOCNEST, un système complet de traçage radio des nids, déjà utilisé sur le terrain. L’idée de génie, c’est que ce sont les frelons eux-mêmes qui indiquent l’emplacement de leur base. On n’a plus besoin de fouiller au hasard.

Pourquoi ce système change tout
Avec LOCNEST, on met fin au flou. Jusque-là, les agents de lutte détruisaient les nids visibles, souvent à quelques dizaines de mètres. Mais ça ne suffisait pas : un seul nid caché à 600 mètres pouvait continuer à envoyer des éclaireurs. Ce qui ressemblait à une victoire n’était qu’un pansement sur une plaie invisible.
Grâce à cette technologie :
- On sait qu’un frelon peut voler sur plus de 1 km pour se nourrir
- Un nid peut passer totalement inaperçu
- 80 % des attaques peuvent venir d’un seul nid
- Une zone infestée peut cacher plusieurs foyers simultanément
Comment fonctionne LOCNEST sur le terrain
Le protocole est aussi simple que malin :
- On attire les frelons avec du miel
- On capture un individu régulier dans ses allers-retours
- On lui colle une balise ultra-légère avec un système de contention spécial
- On le relâche
- On suit son vol sur l’application SDR Pro Track
C’est le frelon lui-même qui montre la voie, en temps réel. Et le nid est retrouvé en quelques minutes, pas en plusieurs jours comme avant.
| Étapes | Durée estimée | Matériel nécessaire |
| Appâtage | 30 minutes | Miel, filet |
| Capture | 5 à 10 minutes | Piège ou filet |
| Pose de balise | 2 à 3 minutes | Kit LOCNEST |
| Traçage du nid | 5 à 20 minutes | Application SDR |

Une technologie pensée pour tout le monde
LOCNEST n’est pas un outil réservé à l’élite scientifique. Florent Coletta a tenu à ce que sa solution soit :
- Abordable : le coût reste raisonnable pour les apiculteurs et les communes
- Réparable : pas d’électronique jetable
- Reproductible : tout peut être refabriqué localement
- Accessible : aucune expertise technique n’est nécessaire
Cette approche a permis au projet de se diffuser rapidement. Les premiers retours sont excellents, et plusieurs départements l’ont déjà intégré dans leur stratégie de lutte.
Ce que nous avons appris sur les frelons grâce à LOCNEST
L’effet secondaire de cette invention, c’est la révélation des comportements de l’insecte. Avant LOCNEST, on ignorait :
- Leur rayon d’action exact
- Leur stratégie de prédation
- La façon dont plusieurs nids pouvaient coexister sans se gêner
Aujourd’hui, ces connaissances permettent d’optimiser les interventions, de cartographier les menaces, et même de prévoir les zones à risque.