Ce V12 italien caché sous le capot d’une muscle car américaine aurait pu changer l’histoire de l’automobile : un prototype oublié qui rugit encore aujourd’hui
Dans les années 1970, alors que General Motors dominait l’automobile américaine, un designer visionnaire a greffé un moteur Ferrari V12 dans une Pontiac Firebird. Résultat : un monstre raffiné, oublié du grand public, qui réconcilie luxe européen et brutalité de Detroit. Voici l’histoire hallucinante du projet Pegasus.
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Un coup de crayon qui dérange
Derrière cette ligne fluide et racée, difficile de croire que cette voiture sortait des studios GM de Detroit. Et pourtant, tout commence par un simple croquis signé Jerry Palmer, jeune designer prometteur. Son idée : injecter une esthétique européenne dans les courbes musclées de la Firebird. Le design rappelle clairement la Ferrari 250 GT SWB, avec une silhouette tendue, un toit plongeant et un museau élégant. Mais ce croquis, récupéré par le grand patron du design de GM, Bill Mitchell, va prendre une tournure bien plus radicale.
Une greffe mécanique impossible
Mitchell décide de faire de ce projet une réalité. Et il voit grand : sous le capot, il ne veut pas d’un banal V8 made in Flint. Il récupère un V12 Ferrari de 4,4 litres issu d’une Daytona 365 GTB/4, soit 347 chevaux (255 kW), six carburateurs et une sonorité d’opéra. Pour le faire entrer, les ingénieurs déplacent la cloison pare-feu de 23 cm. Un pari fou, car ce moteur est conçu pour une boîte manuelle à 5 rapports, alors que GM tente de le marier à une boîte automatique à 3 vitesses. Échec prévisible, le V12 s’étrangle, trop nerveux pour cette transmission paresseuse.
Une identité troublante
Esthétiquement, la voiture baptisée « Pegasus » détonne. Peinte en rouge Ferrari, elle arbore une calandre inspirée de la Testa Rossa, un long capot ventilé et une prise d’air centrale pour alimenter les six cornets d’admission du moteur. À l’arrière, les feux sont affinés, le vitrage de custode est élargi pour améliorer la visibilité, une innovation qui sera reprise plus tard sur les modèles de série de Pontiac. Même les jantes Borrani – fournisseur de Ferrari – sont de la partie, loin des enjoliveurs de Détroit.

Un habitacle digne d’un salon italien
À l’intérieur, exit le plastique et le faux bois. Mitchell exige du cuir pleine fleur, un volant en bois, et même des compteurs 100 % Ferrari. Le tableau de bord reste Firebird dans sa forme, mais l’odeur du cuir, les surpiqûres et l’ambiance en font un ovni roulant. Sur la route, le son du V12 envoûte. Même si le châssis à essieu rigide reste rustique, la magie opère dès que les roues arrière décrochent en troisième. Le compromis est étrange : puissance italienne, comportement américain. Une fusion presque contre nature.
Deux crashs et un exil discret
Le prototype a eu deux accidents. Les deux fois, c’est Bill Mitchell lui-même qui était au volant. Il aimait conduire « sa » voiture, quitte à la pousser dans ses retranchements. Lors de la restauration, certains éléments comme la bande dorée d’origine ont été supprimés, mais l’essentiel a survécu : aujourd’hui encore, Pegasus roule avec un moteur Ferrari 365 GTC/4 plus souple et une boîte manuelle Ferrari d’époque. Elle dort désormais dans le GM Heritage Center, musée discret réservé aux invités.

Un ADN qui a infusé
Même si Pegasus n’a jamais été commercialisée, son ADN a infusé les modèles suivants. En 1974, les Firebird et Camaro reprennent les phares semi-encastrés, le vitrage arrière s’élargit, et la lame arrière fait son apparition sur la Pontiac Grand Am. Tous ces choix viennent de ce prototype secret, preuve que les designers ont su s’en inspirer sans jamais en révéler l’origine.
L’audace perdue de l’industrie
Ce projet soulève une question : pourquoi n’ose-t-on plus cela aujourd’hui ? Qui, dans l’automobile moderne, prendrait le risque de marier un V12 italien avec une muscle car américaine, juste pour « voir ce que ça donne » ? Pegasus est le symbole d’une époque où les designers avaient les coudées franches, où l’on investissait dans le folklore mécanique sans penser à l’industrialisation. Ce genre de liberté semble disparu sous les couches de comités, normes et plateformes partagées.
Tableau : Fiche technique Pegasus
| Élément | Détail |
| Moteur | Ferrari V12 4,4 L – 365 GTB/4 |
| Puissance | 347 ch (255 kW) |
| Transmission | Boîte manuelle Ferrari (initialement automatique GM) |
| Poids estimé | Environ 1 450 kg |
| Jantes | Borrani fil – modèle Ferrari |
| Intérieur | Cuir pleine fleur, compteurs Ferrari |
| Accélération estimée | 0 à 100 km/h en moins de 6 secondes |
| Nombre d’exemplaires | 1 seul prototype |
| Lieu de conservation | GM Heritage Collection (États-Unis) |
Source : Carscoop