Une vidéo capturée en pleine forêt bouleverse les certitudes : un prédateur oublié dévore les larves d’un nid de frelons asiatiques, apportant un nouvel espoir dans la lutte contre cette espèce invasive.
À plusieurs mètres de hauteur, une martre des pins a été filmée en train de fouiller un ancien nid de frelons asiatiques et d’en extraire les larves. Une scène simple, mais inédite, relayée par l’association Cerf Pirate. Ce comportement jamais observé en Europe pourrait changer notre vision de ce mammifère longtemps méprisé.
A lire aussi :
- Les campagnes françaises se vident de leurs oiseaux : un effondrement passé sous silence par les autorités
- Des apiculteurs sonnent l’alerte : chaque automne, cette erreur laisse les frelons asiatiques proliférer sans résistance dans des milliers de communes rurales
Une scène révélatrice
Perchée sur un tronc étroit, la martre des pins inspecte un nid abandonné de frelons asiatiques. L’animal fouille les alvéoles et mange les larves laissées par la colonie disparue. Si cette séquence peut sembler banale, elle révèle un comportement opportuniste jamais documenté en Europe. Les chercheurs y voient un tournant potentiel dans la régulation naturelle de Vespa velutina.
Un corps taillé pour grimper
La martre (Martes martes) mesure environ 45 cm, pour 1,5 kg en moyenne. Avec son pelage soyeux et ses oreilles triangulaires, elle se distingue facilement de la fouine. Elle vit entre 10 et 12 ans et peut donner naissance à 7 petits. Nocturne et agile, elle se déplace dans les zones boisées, parfois jusqu’à 2 000 m d’altitude, grimpant avec une facilité déconcertante.
Un régime adapté aux saisons
Omnivore, la martre se nourrit de rongeurs, d’œufs, d’écureuils, d’insectes, de fruits ou encore de charognes. Elle s’adapte aux ressources disponibles, un atout majeur pour survivre dans des milieux changeants. Ce régime varié explique pourquoi elle peut tirer parti des nids affaiblis ou abandonnés de frelons pour y trouver des larves faciles à capturer.

Une approche passive, mais efficace
Contrairement à certains oiseaux, la martre ne s’attaque pas aux nids actifs. Elle attend la fin de saison, lorsque les colonies meurent naturellement, pour consommer les restes. Ce comportement s’apparente à celui observé chez la martre à ventre jaune en Asie, prédatrice opportuniste de Vespa velutina. Cette stratégie révèle une capacité d’apprentissage impressionnante.
Fin du statut de nuisible
Jusqu’en mai 2025, la martre était classée ESOD (Espèce susceptible d’occasionner des dégâts) dans 26 départements. Ce statut permettait sa destruction toute l’année. Le Conseil d’État a annulé cette classification, soulignant l’absence de justification scientifique. L’animal reste chassable, mais protégé hors saison, comme d’autres espèces réhabilitées (renard, geai, fouine).
Une région favorable
En Nouvelle-Aquitaine, la martre trouve un habitat idéal : forêts profondes, haies, vallées boisées et bocages. On l’observe notamment dans :
- Les forêts du Périgord
- La Double et Chamadelle
- Les vallées de la Haute-Vienne
- Les Pyrénées basques
- Les Landes intérieures
Sa discrétion naturelle explique sa rare visibilité, mais elle est bien présente et bénéfique à l’écosystème.
Une leçon de résilience écologique
La martre ne réglera pas seule le problème du frelon asiatique, mais elle symbolise un mouvement adaptatif de la faune locale. Comme les sittelles, les pics ou les écureuils, elle commence à exploiter ces ressources saisonnières. Ce comportement, bien que marginal, montre que la biodiversité apprend à composer avec les espèces invasives.
Source : Allo Frelons