Trop de diagnostics de performance énergétique sont réalisés à la chaîne, avec des erreurs graves ou des données fictives. L’État impose un quota strict à 1 000 par an pour stopper les abus.
Des milliers de ventes ou de locations sont freinées chaque année à cause d’un diagnostic bâclé. Dans l’ombre, certains diagnostiqueurs accumulent les DPE sans jamais poser un pied sur place. Pour reprendre le contrôle, le gouvernement impose un plafond inédit et déclenche un électrochoc dans la profession.
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Une alerte venue du terrain
Chaque année, environ 4 millions de diagnostics de performance énergétique (DPE) sont réalisés en France. Sur ce volume colossal, 70 000 seraient frauduleux, selon le ministère du Logement. L’alerte est venue des propriétaires eux-mêmes, confrontés à des rapports truffés d’erreurs, incohérents, voire carrément fictifs. Des diagnostiqueurs peu scrupuleux enchaînent les missions, quitte à ne jamais vérifier les données sur place.
Un plafond pour assainir le métier
Dès le 1er octobre, le quota est fixé à 1 000 DPE par diagnostiqueur et par an. Au-delà, l’opérateur devra justifier chaque intervention ou verra son agrément suspendu. Cette mesure vise les structures qui alignent des diagnostics à la chaîne, notamment sur des immeubles entiers, sans vérification réelle. L’objectif est de restaurer la confiance dans un outil devenu incontournable pour vendre ou louer.
Des erreurs aux conséquences lourdes
Un diagnostic mal réalisé peut faire chuter la valeur d’un logement, bloquer une mise en location ou dissuader un acheteur. Panneaux solaires ignorés, type de chauffage mal identifié, surfaces erronées : les erreurs ne sont pas anodines. Dans un cas récent, un appartement affichait un chauffage au fioul alors qu’il était à gaz, et des radiateurs étaient notés comme chauffage au sol.
Une profession sous pression
Face aux dérives, des professionnels engagés réclament des mesures encore plus strictes. Certains proposent de limiter à 200 diagnostics par an et par expert, estimant que cela suffirait à faire le ménage. Des plateformes spécialisées emploient des sous-traitants à bas prix, au mépris de la qualité. Un DPE complet demande environ 2h30 de travail sur place, mais certains sont expédiés en 20 minutes.
Des prix trop attractifs
Le tarif moyen d’un DPE varie entre 90 et 150 euros. Mais sur certains sites, on trouve des offres à 35 euros tout compris. Un prix trop bas est souvent synonyme de diagnostic bâclé, avec un copié-collé de données ou une absence totale de visite. Des experts reconnus, eux, facturent jusqu’à 290 euros lorsqu’ils ajoutent les vérifications gaz et électricité, avec rapport complet et récapitulatif.
Un contrôle renforcé par l’administration
Le ministère du Logement prévoit une surveillance accrue des diagnostiqueurs, avec vérification d’identité, localisation GPS, date et heure des rendez-vous. Des audits aléatoires sont aussi prévus. Les sanctions peuvent aller jusqu’à la suspension d’activité, voire l’interdiction d’exercer en cas de fraude avérée. Un encadrement attendu depuis longtemps par les associations de consommateurs.
Vers une refonte complète du système
Le gouvernement envisage d’aller plus loin, avec une réforme globale du DPE. Parmi les pistes à l’étude : un barème national des prix, une certification plus exigeante, et l’interdiction de plateformes low cost. L’enjeu est clair : fiabiliser un outil essentiel à la transition énergétique et à la transparence du marché immobilier. Car une bonne note au DPE peut valoriser un bien de plusieurs milliers d’euros.