Tchernobyl: les photos de Laurent Michelot à Pripyat

Graphiste de formation, Laurent Michelot est passé par de nombreuses agences de publicité avant de se lancer dans ce projet photographique. Ce dernier lance un financement participatif pour faire publier son livre de photos sur les alentours de Tchernobyl. Il a visité Pripyat, la célèbre ville fantôme de la zone d’exclusion de Tchernobyl, une première fois en 2014 après avoir lu le livre La Supplication de Svetlana Alexievitch. Aspiré par le lieu, son ambiance hors du temps, ce jeune photographe voulait déjà y retourner pour capturer en images ces atmosphères, avant que la ville ne s’écroule morceaux par morceaux pour complètement disparaître (et ça va très vite).

« L’accident de Tchernobyl, à l’instar de la chute du mur de Berlin en 1989 par exemple, est pour moi un marqueur de l’histoire contemporaine européenne. Quelque chose que j’ai vécu étant très jeune, mais sans en mesurer les conséquences à l’époque (le nuage qui reste à la frontière, etc…) » explique Laurent Michelot à Golem13. C’est après cette première visite de Pripyat qu’est venue l’idée d’en faire un livre. »J’y retourne régulièrement pour prendre des photos, pour partager ce que j’y vois, comme un témoignage”.

Comme un instantané de Pripyat, 30 ans environ après qu’elle ait été abandonnée… L’ambiance sur le lieu est particulière…Tout dans la ville abandonnée rappelle la tragédie qui s’est vécue ici, les sacrifices, l’urgence de l’évacuation, toutes ces vies laissées derrière soi, ces promesses de retours rapides non tenues (les habitants pensaient partir quelques jours seulement. Toute leur vie…tout a été laissé en plan).

« Ce qui marque, c’est le silence…”

En été, au centre de la ville, la végétation est si dense qu’on a l’impression de se promener en forêt…puis jaillit devant soi, à quelque mètres seulement, un mur en béton…qui peut être un magasin, un gradin de foot ou un immeuble de 30 étages. La végétation reprend peu à peu ses droits : des arbres poussent dans les étages des bâtiments, la moisissure et les infiltrations font leur œuvre. Mais partout, à chaque recoin, c’est la présence de l’humain que l’on ressent et qui nous retourne. Ces cahiers d’écoles annotés, ces dessins d’enfants, ces pianos et autres aires de jeu…Tout est là, comme si les gens avaient étés effacés du jour au lendemain, d’un claquement de doigt (Thanos en moins).

« Ce qui marque, c’est le silence…ou plutôt les bruits…dans les bâtiments, le vent qui s’engouffre dans les cages d’ascenseurs, faisant s’entrechoquer les câbles, les boiseries qui craquent, les structures qui travaillent…comme si la ville avait une vie propre”. A ce sujet, le photographe a remarqué quelque chose dans ses visites, c’est que les objets bougent. Beaucoup de touristes (50 000 par an, avant la série HBO) bougent les lits, les poupées, les objets, dans le but de faire une photo plus « dramatique » ou « post-apo ».

« Je prend toujours les photos des endroits tels que je les trouve…sachant que tout a bougé avant, et bougera encore après mon passage (je n’ose pas imaginer ce qui a changé après le passage de tous les « influenceurs » instagram). Ma philosophie est de capturer un instantané, pas de créer une composition artificielle pour générer plus de réactions”.

Un ville qui tombe en morceaux

Avant les photographes, il y avait les pilleurs qui ont tout retourné. Tout ce qui avait de la valeur a été pris (objets personnels, câbles dans les murs, radiateurs…) et revendu. Pire encore, les camions ayant servi lors des travaux de confinement en 1986 étaient hautement radioactifs. Ils ont été stockés dans un énorme champ et très vite désossés. Du coup, de nombreuses pièces hautement radioactives ont étés revendues sur les marchés de Kiev ! La ville a été entièrement décontaminée, alors à part quelques endroits hautement radioactifs (sous-sol de l’hôpital, forêt…), on ne risque pas grand-chose de ce point de vue si on est prudent (et on ne va pas dans la zone sans dosimètre).

En revanche, le danger vient de l’insalubrité des bâtiments. « De nombreuses fois j’ai du faire demi-tour quand je sentais que le sol commençait à s’affaisser, ou que les structures craquaient. Chaque année des bâtiments s’écroulent…” Ce que beaucoup ignorent, c’est que la centrale de Tchernobyl était active jusqu’en 2000, au moment où ils ont coupé le dernier réacteur. Il y a encore beaucoup de gens qui travaillent dans et autour de la centrale, pour la décontamination. Ceux qui travaillent dans la zone d’exclusion font 6 mois dedans/6mois dehors, par rotation.

Livre photo: Pripyat, ville fantôme de la zone d’exclusion de Tchernobyl.
Par Laurent Michelot. https://fr.ulule.com/photo-pripyat

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