La tête momifiée d’Henri IV retrouvée dans l’armoire d’un retraité !

Le petit monde des historiens est en ébullition. La conférence de presse donnée jeudi matin au Grand Palais à Paris devrait faire grand bruit : le docteur Philippe Charlier, médecin légiste et paléopathologiste, doit annoncer, aux côtés de Jean-Pierre Babelon, historien le plus connu d’Henri IV, avoir retrouvé et authentifié la tête du roi béarnais assassiné par le Charentais Ravaillac le 14 mai 1610.

« Pour moi, c’est une grande émotion, naturellement. Des mois et des mois de recherches aboutissent enfin. Je vais pouvoir ajouter un chapitre à mon livre », sourit Jean-Pierre Babelon (1), 79 ans, ancien directeur du château de Versailles et conservateur en chef des Archives de France, actuel président de la société Henri IV.

Rocambolesque

Philippe Charlier, 34 ans, dit « le médecin des morts », réputé pour avoir révélé qu’Agnès Sorel, la favorite de Charles VII, avait été empoisonnée au mercure et que les restes conservés au château de Chinon – une côte de 10 centimètres de long -, n’étaient pas ceux de Jeanne d’Arc s’est entouré de quelque 19 scientifiques de renom pour identifier la relique présumée royale qu’on lui a apportée il y a plus d’un an : un crâne momifié en assez bon état de conservation et portant trace d’une estafilade au-dessus de la lèvre. Comme celle que fit Jean Châtel à Henri de Navarre en tentant de l’assassiner.

L’histoire de cette tête est pour le moins rocambolesque. Après les obsèques du bon roi Henri IV, le 29 juin 1610, sa dépouille fut ensevelie aux côtés de celle de tous les autres rois à la basilique Saint-Denis, le 1er juillet. Mais, en 1793, la fièvre révolutionnaire poussa quelques Parisiens à profaner le cimetière royal. Les sépultures furent mises au jour, dévastées. Henri de Navarre avait été embaumé. Un coup de sabre intempestif sépara le corps de la tête. L’histoire tumultueuse oublia ses rois et leurs dépouilles pendant des décennies.

La tête voyage

La relique macabre dut faire le tour des collectionneurs pendant plus d’un siècle, jusqu’à se retrouver en vente aux enchères publiques à la galerie Drouot le 31 octobre 1919, où elle fut acquise par un antiquaire de Dinard pour… 3 francs. Joseph-Émile Bourdais avait la conviction qu’il s’agissait bien de la tête d’Henri IV. Mais il ne parvint jamais à le prouver. On trouva trace de l’antiquaire normand en 1935 dans une échoppe parisienne où il montrait son trophée pour 2 francs 6 sous. Avant sa mort, en 1947, il proposa même de l’offrir au Louvre, qui déclina.

Soixante ans après

Puis on perdit trace de la relique. C’est cette même tête qui a été retrouvée soixante ans après la mort d’Émile Bourdais et confiée à l’équipe de Philippe Charlier.

« Pour être honnête, je suis surpris que ce soit bien elle. Pour moi, il y avait des choses qui ne collaient pas. J’avais plusieurs doutes. Mais je ne suis pas un scientifique. Naturellement, je suis ravi et je suis très ému qu’elle soit enfin retrouvée et authentifiée. Et puis ce suspense historique nous aura longtemps tenus en haleine », se réjouit Rodolphe Huguet, guide dans les tours de La Rochelle, où il avait animé une conférence sur la disparition de la tête d’Henri IV, lors des dernières Journées du patrimoine.

Royaliste convaincu, passionné de la grande et de la petite histoire, il avait réalisé en amateur ses propres recherches.

Rappelons qu’adolescent, Henri de Navarre séjourna plusieurs années à La Rochelle, qu’adulte, il y revint souvent et que de nombreux édifices rochelais comme l’hôtel de ville portent sa marque. Qui conservait cette tête depuis 1947 ? Comment l’a-t-on retrouvée ? Dans quel état ? Que va-t-il advenir d’elle dorénavant ? Toutes ces réponses devraient être données jeudi matin à Paris.

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